Le site de Francis Raout Poèmes sapeurs pompiers
Le Colonel Albert Brockers,mon beau frère, héros de la dernière guerre, ( Campagne d'Italie, de France, d'Allemagne. Premier artilleur francais à franchir le Rhin, etc..) m'avait, un jour, confié ce petit reportage photographique ou l'on fait connaissance avec l'obusier de 370 datant certainement de la Grande Guerre. Nous sommes en fin 1939, au sein du 165ème Régiment d'Artillerie, sur la ligne Maginot et les artilleurs s'exercent à manier l'engin.
Description de l'obusier de 370mm Filloud modèle 1913.
Poids en batterie: 30 tonnes Poids en déplacement sur route, en trois éléments avec les accessoires et les boggies: 45 tonnes. Vitesse de déplacement sur route: 5 kms heure
Mise en batterie: 24 heures
En position déplacement route: 24 heures
Changement de position après cent coups tirés.
Projectile de 489 kgs portée 8.100 mètres Projectile de 414 kgs portée 10.400 mètres
Amplitude de pointage en direction: 6°
Accessoires: 1 km voie de 0,60
Un mastodonte difficile à mettre en oeuvre.
Octobre 1939 l'obusier en batterie et ses servants
Pour le nettoyage de la bouche à feu, on tire le plus maigre des servants par le tube. Pas réglementaire, mais cela amuse les hommes. Il y a aussi pour ce faire, l'écouvillon.
Toujours octobre 1939, Au 165ème RARG, en garnison au Groupe Fortifié de la Marne ( ancienne Festung von der Goltz), à quelques kilomètres de Metz, nous venons d'être dotés de l'obusier amené près du fort. Se préparent des exercices de mise en situation de déplacement et de démontage.
La voie de 0,60 relie la route à la position de pièce. Le Capitaine Mougin, commandant la batterie, rend compte au Colonel commandant le 165ème Régiment d'artillerie de Réserve Générale des précautions à prendre pour éviter l'emballement de la masse de 10 tonnes qui va être tirée à travers la forêt. La pente négative, au début, inquiète. Serre frein, cales, cordes pour retenir... Cela semble juste....
Ce n'est facile et l'homme clé de la manoeuvre est le "serre frein" un volontaire, vif, rapide et solide. La masse de 10 tonnes, elle même montée sur des boggies de voie de 0,60 doit être bloquée à temps sur les rails des boggies route pour ne pas basculer. Le volant du frein est terriblement démultiplié.
Ouf, le tronçon de la descente s'est bien passé, soufflons avant de tirer la masse vers son emplacement de pièce.
A présent il faut tirer sur quelques centaines de mètres jusqu'à la position creusée à l'avance. Là, il faudra placer d'abord la plate forme, avec ses bêches, puis le berceau et, enfin la bouche à feu. ( voir photos du début du reportage)
Exercice (périlleux ! ......) de démontage
Pour démonter, il faut d'abord lever le canon. Cela va être difficile, il faudra prendre garde de ne pas abimer les parties fragiles comme les secteurs dentés. La bouche à feu est soulevée de son berceau. Le portique est placé sur deux boggies qui roulent sur deux voies parrallèles passant, l'une devant la pièce, l'autre derrière la pièce. A une vingtaine de mètres, deux plaques tournantes permettent de faire pivoter les boggies qui se trouvent ainsi l'un derrière l'autre et l'élèment à déplacer sur une seule voie
Et c'est la catastrophe....
La bouche à feu soulevée, la voie de 0,60 s'est affaissée sous le poids de l'ensemble boggies - portique- bouche à feu. Il avait plu. Le sol était détrempé. Tout s'apprend....
Mais elle est belle, la pièce ainsi couchée....
Mais notre matériel normal est à quelques centaines de mètres. Six pièces de 100mm KRUPP 1902 sous tourelle, dans le béton. La deuxième batterie est dotée de 120 Debange et la troisième de 75 .( Mais eux sont dans les villages, avec le confort de loger chez l'habitant) Heureusement que si nous dormons dans l'ouvrage de Mercy, le jour nous sommes à l'air libre, dans la forêt; Le front est loin...
C'étaient les commentaires originaux d'Albert Brockers que nous retrouverons page suivante. Il est l'auteur de "Aussi fière qu'insolente, histoire d'une batterie en guerre"