Je n'oublie pas que j'étais commerçant
La complainte du marchand
La salle des fêtes vibre et résonne
Des hymnes à la joie de cinq cents personnes.
Les commerçants anciens, blanchis sous le harnois
Des luttes du négoce, éprouvants tournois,
Sont venus plonger dans de lointaines sources
Et, de leurs carrières, retrouver les courses.
L'apéro a déjà fait augmenter le son,
Le camelot retrouve sa voix de basson,
Moi, je fais le tour et je vous dévisage,
Je ne peux lire que joie sur tous les visages.
La boulangère, rappelle toi de nos vingt ans,
Comme tu étais belle, j'y pense souvent!
Près de vous, madame la cabaretière,
J'essayais d'oublier devant une bière.
Je vous revois, vous, la petite libraire,
Rougir en sortant mon livre libertaire.
Oh! Jolie bouchère, je me souviens de toi.
Tes réputées culottes me laissaient pantois,
J'adorais tes langues, je humais tes saindoux,
Mais j'avais peur du couteau de ton tueur d'époux.
C'étaient vos dames, messieurs, qui nous recevaient
Dans vos boutiques, et qui nous faisaient rêver.
Car, bien sûr, vous étiez au four et au moulin,
Toujours au boulot depuis le petit matin.
Par deux, vous multipliez les trente cinq heures,
Et par deux, divisiez les instants de bonheur.
De plus, percepteurs bénévoles de l'Etat,
Par le fruit de votre travail, la T.V.A..
Vous crachiez au bassinet de toutes les caisses,
Taxes, impôts, cotisations… Jamais de cesse!
Pas question de grève et pas de R.T.T.
Minimale retraite pour vous abriter.
La Médaille du travail, vous ne l'aurez pas.
Ecoutez le glas, les commerces vont au trépas.
Et, malgré tout " Sourire, toujours sourire"
La seule devise qui vous faisait vivre.
Pardon, amis, d'avoir évoqué le passé,
Maintenant, prenons le temps de nous reposer.
Nous avons encore un tout petit avenir,
Certains, un toujours beau brin de fille à chérir,
Certaines, un vieux ronchon qu'il faut bien soigner,
Et puis la fierté d'avoir beaucoup travaillé.
Pour l'heure, la musique attend,
Et bien, dansez, maintenant!
Francis RAOUT
Février 2006
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