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Le calvaire d'un des premiers résistants de France, Bernard BUTEL

 

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Bernard, tel que nous le connaissions quelques mois avant  sa déportation

 

Enfant, j’ai eu l’honneur de côtoyer un  Héros de France.

 

Bernard est né le 8 juin 1923, à la Rochelle. Je l’ai connu,  en 1940, (j’avais 13 ans) dans un petit village charentais, près d’Angoulême où nous étions réfugiés et logés grâce à l’amabilité de ses parents.  Avec lui et son frère André nous prenions «  la Micheline » pour rejoindre l’école Saint Paul à Angoulême.  Comme nous le dit le Président de l’Association des déportés de la Charente, il est rapidement humilié par l’occupation allemande, choqué par la signature de l’armistice et scandalisé par l’Etat collaborationniste mais réconforté par l’appel du Général De Gaulle et c’est pourquoi il passe en zone libre et que, le 20 Août 1942,  il s’engage au 35ème Régiment d’Artillerie à Limoges avec la ferme intention de rejoindre l’Afrique du Nord et l’Angleterre. Lors de l’occupation totale de la France, il est démobilisé et se retrouve au point de départ.

Grâce à une hospitalisation à Girac, il ne répond pas à la convocation du S.T.O.. Une deuxième convocation conforte sa volonté de ne pas travailler pour l’Allemagne et il prend la dangereuse décision de devenir un hors la loi. Une religieuse lui procure un contact pour l’Espagne. Il quitte sa famille avec un certificat médical de complaisance pour un sanatorium situé à Cambo au Pays Basque.

Ce justificatif ne berne pas les allemands et il est arrêté sur la frontière lors d’un contrôle.

Il sera interné à la citadelle de Saint Jean Pied de Port puis à la caserne Boulet de Bordeaux, annexe du Fort du Hâ.  Et  départ pour Compiègne, dans des wagons à bestiaux,  convoyé par le S.S. Il fera partie du fameux convoi du  26 Juin 1943 à destination de Buchenwald où il deviendra le bagnard n° 14490 en uniforme rayé jusqu'au11 Juillet jour où il rejoindra l’enfer de Peenemünde sur la mer Baltique, ses fameux tunnels,  les fusées, le bombardement allié du 18 Août 1943  qui décima 557 déportés. Les survivants dont Bernard, après un nouveau court séjour à Buchenwald, se retrouveront à Dora, le pire des camps, reconnu par son horreur  avec la construction de l’usine enterrée de missiles à Nordhausen où 6.000 déportés périront au travail en six mois.  Bernard sera le N° 28166 à Dora.  Du 4 au 26 Avril 1945 il se retrouvera à Ravensbrück et connaîtra la «  terrible Marche de la mort » où des S.S. et des chiens escortaient les déportés dans une retraite devant les alliés. L’armée russe délivra les déportés le 2 Mai 1945 et terriblement affaibli, il arrivait à Angoulême le 16 Mai. Ma grand-mère qui était restée toute la guerre chez les parents de Bernard m’écrivit ces jours là une longue lettre révélant le calvaire impossible à imaginer, même en ce temps là, et, osant me décrire des horreurs que je ne pourrais pas relater, surtout en ce qui concerne cette horrible marche. Plus tard, Bernard, qui a connu le sort des déportés résistants voués à une mort lente  dans le pire des dénuements, les humiliations, les coups, la faim, les appels interminables par tous les temps, souvent nus, la vermine,  la peur, la destruction de la personnalité, dira simplement, en évoquant cette « marche forcée »  «  Nous partons à pieds, encadrés par les S.S. qui abattent sans sourciller les personnes qui ne peuvent pas suivre. »

André, son frère, me dit que Bernard ne relatait pas souvent les faits de cette période tragique et qu’il n’avait laissé noter que peu de choses pour les archives du musée de la Résistance et de la Déportation de la Charente. Citons :

«  Arrivés à Dora, nous sommes enfermés dans le tunnel, parqués dans un hall avec des châlits de 4 étages, 4 par châlit. Appels multiples. Pas d’eau. Aucune hygiène. Nous creusons le tunnel délayant les gravats. Cela dure six mois sans voir la lumière du jour. Fin mars 44, nous sortons du tunnel pour rejoindre le nouveau camp de Dora. Nous ferons ensuite, chaque jour, aller et retour du camp au tunnel pour aller travailler sous les coups des S.S, accompagnés de leurs chiens. 12 heures de travail, 6 heures sur la place d’appel, heures interminables, debout, sous le froid et la neige. Nous  devons subir et assister, sans broncher, aux pendaisons des détenus accusés de sabotages, aux coups, aux humiliations multiples et diverses. Nous avons essayé de nous grouper entre français pour faire face et survivre. La souffrance partagée, l’entraide, les épreuves vécues ont créé entre déportés un lien fraternel qui nous a aidés à revenir de cet enfer. En plus du manque de nourriture, des conditions misérables nous devions essayer de conserver nos maigres forces. Ceux qui ne pouvaient plus travailler étaient envoyés aux fours crématoires. 30.000 déportés sont morts à Dora. »

 Citons aussi :

 « Pour un transport qui a duré 10 jours, entassés à 60 par wagon à bestiaux, nous ne pouvions que tenir debout et devions amonceler les cadavres au fond du wagon. »

 

Pour sa conduite, il a été cité à l’ordre de la Nation et a été décoré de la Croix de Guerre avec Palme. La Patrie l’a fait Chevalier de la Légion d’Honneur et lui a conféré la Médaille Militaire. Il était, en outre, titulaire de la Croix du Combattant, de la Croix du Combattant Volontaire de la Résistance et de la Médaille du Déporté Résistant.

            .

 

Merci, Bernard.

 

 

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Tag(s) : #SOUVENIRS DE GUERRE

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