Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 13:23



Ce 31 Décembre1964,  c'est avec des gens inondés (Habitations et fermes isolées) que nous avons passé une autre nuit mémorable de nouvel an.
La fonte ultra rapide d'un énorme manteau neigeux qui recouvrait la plaine de Flandre avait transformé la campagne en un immense lac. Seul accés, le talus de chemin de fer qui émergeait. Nous avions réquisitionné la barque en fer de l'écluse située à 6 kms.
Par ce petit essai, je veux rendre hommageà tous les Sapeurs Pompiers de France qui, au cours de ces interventions d'inondation souvent méconnues, donnent le meilleur d'eux mêmes et réalisent beaucoup d'exploits cachés.



EXPLOIT CACHE

 

Cette année là, l’hiver fut très rude,

L’immense plaine était manteau de neige,

Quand du printemps vint le prélude,

Transformant la pelisse blanche en piège.

 

Cette année là, la fonte fut rapide,

Et l’eau de neige dévalait de partout,

C’était le tonneau des Danaïdes

Dans le coin du vieux « Pont Belge » surtout.

 

Cette année là, beaucoup furent encerclés,

Le chef gendarme se mit en caleçon,

Mais le Maire lui interdit de gicler,

L’eau était trop froide, même pour les poissons.

 

Cette nuit là, mon Dieu que l’on a ramé

Sauvetages de personnes et d’animaux,

Nous étions transis, nous étions crevés,

Ce n’était que de l’eau, beaucoup trop d’eau !

 

Cette nuit là, la double échelle fut oubliée,

Heureusement notre ami Julien veillait.

Mais voilà, tous ses copains étaient partis,

Sur son épaule, il chargea le lourd outil.

 

Cette nuit là, on put voir le long des rails,

Rue Nationale et sous l’Hôtel de Ville,

Un p’tit gars voulant rejoindre le bercail,

Et, je vous le jure, ce ne fut pas facile

                                                                                   F.Raout    Septembre 1997

 

  
 Le héros de cette aventure c'est notre ami Julien Paccou qui vient de nous quitter ce 30 décembre 2010.

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  Le l'aimais comme s'il était un fils. Je lui devais bien les quelques lignes ci-après.

 

Le 11 mars 1963, la Compagnie des Sapeurs Pompiers d’Hazebrouck acceptait, dans ses rangs, un gaillard qui venait de terminer son service militaire en Algérie, qui bossait dur dans la métallurgie et le nouveau chef de Corps que j’étais, découvrit, très vite, en Julien Paccou, un trésor de générosité, d’humanité, de don de soi, de courage face au danger, d’opiniâtreté dans le travail.

L’exténuant travail manuel dans les fréquents et gros feux agricoles de ce temps là avait créé une race de pompiers dont Julien était la grande figure de proue. Julien l’increvable, Julien le téméraire, Julien l’indomptable, Julien toujours présent, mais Julien le modeste.

Dans le grand livre qui relate les péripéties vécues par Julien au cours de ses nombreuses interventions de secours, ouvrons la page inondations au Pont Belge. Cette nuit là, il s’aperçut, alors que nous avions tous, sauf lui, quitté le site des sauvetages, que la lourde échelle à coulisse avait été oubliée. Il la chargea sur son épaule et, seul, dans la nuit froide de janvier, tout le long des rails jusqu'à la gare, puis à travers la ville jusqu’à la place Degroote, il la ramena, nous donnant une belle leçon de respect du matériel.

 

Julien, l’amicaliste convaincu, le champion inégalable et inégalé de la vente de nos calendriers, savait qu’il ne pouvait pas y avoir de bon corps de sapeurs pompiers volontaires sans une amicale bien à l’aise et agissante.

Sa fonction de membre de son conseil d’administration  l’amenait à multiplier ses initiatives.

Entre autres, une année, à l’entrée de l’hiver, il décida que tous les pompiers devaient avoir de grosses chaussettes en laine puisqu’il n’y avait pas de doublure dans nos bottes en caoutchouc et la généreuse bonneterie Desbucquois devint son fournisseur attitré pour plusieurs années.

 

La conserverie Bonduelle aussi lui fournissait gratuitement, chaque année, des palettes de conserves et les Moines du Monts des Cats lui offraient le fromage et le lait du cacao de Noël  des enfants qu’il gâtait en plus avec coquilles et oranges en provenance d’autres  généreux amis commerçants.

 

Les cent planchettes à découper qu’il a confectionnées pour l’Amicale rappelleront son souvenir lors des collations sur une planche  et ce  pendant de longues années encore.

 

A l’ Amicale, comme à l’Association Flandres Lys, Julien était notre délégué prés de l’œuvre des Pupilles des Sapeurs Pompiers Français, les orphelins de nos grands morts au feu et il fut un exemple à suivre avec cette volonté tenace de faire grossir les collectes en leur faveur.

 

 

C’était notre responsable  de la liaison des vétérans hazebrouckois  avec l’association des Anciens  Sapeurs Pompiers du Nord et il savait nous mener à la baguette pour les participations aux deux grandes activités annuelles et l’Association le remercie aujourd’hui par la présence de son drapeau dans le chœur de l’église.

 

La carrière de Julien chez les Sapeurs Pompiers aurait du se terminer il y a trente ans quand il a été opéré à cœur ouvert mais, grâce à la compréhension du Colonel médecin Abel Devos et à mon départ du Lieutenant Bogaert, Chef de Centre, il put continuer à donner sans compter au sein de la Compagnie. Il pouvait  aller au feu mais uniquement chargé de l’intendance et ce fut la période ou il trouva la place dans le fourgon tonne pour sa cuisine roulante et tout un chacun se souvient des succulents sandwichs des manœuvres mensuelles .

 

Et c’est toujours dans cette vie pleine de services rendus qu’il fit ses adieux aux agréés en 1992 avec le grade d’adjudant honoraire  et la médaille des sapeurs pompiers échelon or. Tous les sapeurs pompiers volontaires de la France entière  ne devront pas oublier que c’est grâce au « combat » de Julien , relayé par notre Président des Anciens du Nord , qu’un vœu déposé à un Congrès national fut adopté par les pouvoirs publics, à savoir l’obtention du grade supérieur dans l’honorariat au départ  à la vétérance.

 

Julien a beaucoup souffert ces derniers temps, multiples séjours en clinique, traitements  très durs à supporter  malgré tout le dévouement de son cardiologue, le docteur Dumortier, son ami de trente ans qui, comme nous, le surnommait Juju, de notre Médecin Commandant le docteur Duquesne, de ses infirmières, de Pascal , de Marco, de Christian, ceux de ses amis que j’ai vus à l’œuvre et aussi, malgré tous les efforts de Thérèse, celle qui avait su décrypter le caractère particulier de Julien et qui lui avait permis de vivre la vie telle qu’il la voyait, au contact de l’humanisme, de la nature , de la rivière, des arbres qu’il avait tant côtoyés.   Nous n’oublierons jamais le pionnier des tronçonneuses chez les pompiers et chez les services municipaux de la ville où il a également tant donné.

 

Thérèse, Julien va te manquer, il va nous manquer. Il part en apportant avec lui toutes ses médailles saintes qui, au creux de son porte monnaie, ne l’ont jamais quitté  et qui prouvent la sincérité de ses croyances.

Aux noms des Maires d’Hazebrouck et de ceux des Communes rattachées, pour qui tu  t’ais tant dépensé,  au nom du Président des Anciens du Nord, aux noms des Anciens d’Algérie, aux noms de tous les Sapeurs Pompiers et  de tes nombreux amis réunis ici, en mon nom personnel, je te dis adieu mon Julien et merci encore.

Va rejoindre nos glorieux anciens au paradis des braves.

 

 

 

 

 



                                       Cette nuit là.............................
















 

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