Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /Mai /2008 22:32

 

Premier poème de la SAGA  «  JEANNOT- JEANNETTE »

 

 

 

LES TROIS CASQUES

 

 

 

Digne, était l’Ancien sous le poids des ans,

Et Jeannot frisait les treize printemps,

Il portait droit son képi de sous officier,

Et Jeannot, sa casquette de Cadet Pompier

Le grand Congrès était, pour l’heure, terminé,

L’homme et l’enfant marchaient côte à côte,

Déjà le jour cherchait, dans l’ombre, à décliner,

Et Jeannot commençait à traîner ses bottes.

 

Il avait fait chaud ! Ah quelle belle journée !

Et tous ces copains que l’on avait revus !

Et puis les grands Chefs et Monsieur le Préfet !

Et ce beau défilé après la grande revue !

Que dire de la démonstration des cadets ?

C’est là où Grand Père avait écrasé sa larme

Quand Jeannot avait, devant tous ces gradés,

Si bien lancé sa commande dans la lucarne.

 

« Dis ? Grand Père, c’était comment de ton temps ?

As-tu porté ce casque doré qui est sur ton buffet ?

Et ce casque argenté, tout écrasé, tu le gardes pourtant !

Moi, plus tard, j’aurai le casque que l’on dit parfait."

 

« Ecoute, petit, je vais te raconter,

Des choses que, maintenant, tu peux écouter ;

Une vie est faite de beaucoup de peines.

Moi, j’ai connu la guerre et les morts dus à la haine,

Nous avons eu du mal pour arriver au feu !

Nous avons eu du mal pour obtenir de l’eau !

Nous avons souffert de ne pas avoir pu faire mieux !

Nous avons souffert de ne pas être des héros !

Mais nous avons lutté de toutes nos forces,

Avec nos pauvres moyens mais avec notre cœur

Car nous savions que nos efforts étaient l'amorce

Des secours modernes, enfants de notre sueur."

"Tu vois, petit, je vais quand même te dire

Ce que, jusqu' aujourd'hui, on t'a toujours caché

 Ce casque blanc, tout martelé, qui ne peut plus luire,

C’était celui de mon fils qui me fut arraché

Par cette explosion où beaucoup furent blessés.

C’était ton père et, dans ma vie, depuis tout est cassé."

 

"Aujourd’hui, en toi, je le retrouve,

Je sens, en toi, la foi qui couve,

Fonce et venge le, je te l’adjure,

Sois un Pompier, ne sois jamais parjure

Plus tard, Jeannot, si Dieu le veut,

Donne à ton fils nos trois casques.

En lui rappelant que, nous aussi les vieux,

Avons affronté bien des bourrasques."

 

La nuit, maintenant, était venue,

Les deux Pompiers ne parlaient plus.

Ils marchaient main dans la main.

Ils suivaient le même chemin."

 

 

 

 

 

                                           Francis RAOUT        I989

 

 

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