LE
TREIZIEME TIRAILLEUR
C’était du temps où, France, tu étais Empire,
Tes fils n’avaient pas tous la même couleur de peau,
Un jaune, un noir pouvaient faire Saint Cyr,
Car sur leurs pays flottait le même drapeau
Fils de militaire logeant à la caserne,
J’étais le voisin du Treizième Tirailleur,
Et tous les jeudis, j’allais à la poterne
Voir les grenadiers et aussi les mitrailleurs.
Ils n’avaient pas vingt ans, les recrues,
Ils avaient quitté leurs tentes, leurs douars,
Les fiers chevaux qu’ils montaient à cru,
Pour venir servir sous notre étendard.
La Lorraine était loin de leur Afrique natale
Qu’ils retrouvaient en chantant sous les étoiles,
Rejoignant alors dans cette plainte orientale
Le regard d’Aicha, brillant dessus un voile.
Il fallait les voir les jours de grandes parades,
Enturbannés et fiers de leurs boléros bleus,
Pantalons bouffants et larges ceintures d’Alcade,
Liserés d argent et chamarrures de feu.
Avec leurs pas lents des marcheurs de sable,
Rythmés par fifres et tambours du désert,
Fruits de leur ¨Nouba¨au nom inoubliable,
Ils suivaient ces deux béliers trottant de concert.
Ils étaient bien jeunes, ils croyaient à la France,
Quand remplaçant leur turban par le casque de guerre
Sans broncher, ils lui firent don de leur enfance,
Offrant à Hitler leurs poitrines aux feux des Panzers.
L’hiver fut rude pour ces fils du soleil.
Ceux qui restèrent furent parqués en troupeau,
Dans le grand camp que l’Allemand surveille,
Leur faisant oublier la couleur du drapeau.
La 6e Cie du 13e R.T.A.
Source: Le silence tiraillé - Collection Pierre Mallard
C’ était du temps où la France devait rebâtir,
Les grands chantiers chamboulaient les Cités,
Avaleurs de main d’œuvre que leurs clameurs attirent,
Et de ces hommes qui, de loin, croyaient à l’égalité.
C’ est dans le fond d’une fouille que je connus Abbès,
Une tranchée glaiseuse, c’ était un sale boulot,
Nous étions à Roubaix, il venait des Aurès ,
Ce jour là, il m’aida à poser mes tuyaux.
Dans l’enfer noir du Nord, loin des minarets blancs,
De cette mer de sable où flottait son enfance,
Il en rêvait le soir, couché sur le bas flanc,
D’une barque dortoir noyée dans l’océan France.
Je vois encore, de ce passe montagne baissé,
La lucarne hâlée d’où sortait un nuage
Fait de froid, d’efforts et de sueur condensée,
Et cette vieille gandoura serrée par un cordage.
Le temps d’une construction, Abbès fut mon copain.
Sur la même caisse, entre nos bottes ganguées,
De la rituelle gamelle, nous partagions le pain,
Après mon verre de vin, il avait son thé gai.
Gros œuvre terminé, chacun part vers son destin.
A la table de fortune, pour la dernière fois,
D’une enveloppe, sur qui les ans avaient déteint,
Il fit surgir quelques souvenirs d’autrefois.
Une rose des sables qu’il sortit en
premier,
Un vieux Coran, il y manquait plusieurs versets,
Un dessin d’enfant, avec soleil et palmiers,
Dédié à « Mon Papa » écrit en Français.
Sur un cliché jauni, usé .aux quatre coins,
Un « sous -off » tirailleur au regard fier.
Devant moi Abbès tenait serré son poing
Il l’ouvrit, c’était sa Médaille Militaire.
F.RAOUT Chef de
Bataillon de réserve de l'Armée Francaise
Janvier
1989

Ces deux béliers trottant de concert....
Sur le drapeau du 13 ème R T A est inscrit " Flandres 1940"
Son insigne " Hirondelle de la mort"
Monsieur Rachid Bouamara, auteur du livre "Le silence tiraillé", nous confie la sépulture de son oncle tué dans les combats de mai 1940 en Belgique dans les rangs du 13e RTA, à
l'age de 26 ans.
Nécropole de Chastre dans le Brabant Wallon.
Mouloud est le deuxième, en haut, à gauche
Source: Le silence tiraillé - collection musée de Cortil-Noirmont
Remise de décorations à la
Caserne Jeanne d'Arc à Thionville en 1938
Mon père se tient
derrière le Général COUSSE
Le grand bâtiment était l'un de ceux occupés par le 13 ème tirailleur

Le bâtiment abritant l'appartement de mes parents à la caserne -(fenètre de gauche sous l'arbre au premier érage) Dans le bâtiment foncé se trouvait le "café
Maure " des tirailleurs - Un simple grillage ( avec des passages connus seulement par nous, les enfants) nous séparait. La route était une grande allée de maronniers. L'arbre dans la cour
était,en ces temps là, un noyer - A la place du bout de haie se trouvait une grande porte et un portillon qui nous servaient de sorties. (photo 2009 -tout est rénové depuis 1939)
La "Nouba qui défile à Thionville. Combien de
fois, l'ai je suivie ? On distingue le "chapeau chinois" qui faisait résonner ses clochettes. ( Là, ils ne sont pas en tenue de parade)
Source:
Le silene tiraillé _ Collection Laglasse
Photo prise à Godewaervelde ( dans les Flandres ) en 1937 C'est une nouba de tirailleurs (voir le "chapeau chinois") Nous disons Gode, nous disons
"Raoul de Gode....)
A la fin du remadan, ils rotissaient des moutons sur la place à côté de la caserne et ils patageaient le méchoui avec moi.
Source: Le silence tiuraillé - Collection Pierre Mallard
La
caserne Jeanne d'Arc, le jour d'aujourd'hui.
Dans sa
volonté de s'affirmer, Rachid Bouamara, jeune Francais d'origine algérienne, s'est lancé dans un grand travail de mémoire en écrivant son livre " Le silence tiraillé" qui traite de ces Africains
qui servirent la France , du second Empire jusqu'à l'Indochine en passant par les deux grandes guerres. Une seconde réédition est envisagée dans le courant du mois de janvier. Pour tous
renseignements où pour vous procurer le livre, vous pouvez contacter le 03 82 89 75 15 où écrire à ce courriel:
rachidbouamara@yahoo.fr
Page 2: Je tiens à rendre honneur à mon père