Marche de grande solitude
Le ciel grondait, la nuit était vacarme,
Quatre mois nous séparaient du « Posez armes ! »
Royan agonisait sous lourdes blessures,
Plus tard, nous sûmes que c’était une bavure.
Deux « Lancaster » de ce vol de la terreur
Se heurtèrent au dessus de Cognac, par malheur.
Les héros eurent droit à funèbre veillée
A l’Eglise Saint Léger, de noir endeuillée.
Comme biens d’autres, les scouts montèrent la garde
Près de ces chevaliers morts pour leurs cocardes.
Tout Cognac assista à leurs funérailles
Avec émotion qui vous prend aux entrailles.
Les cercueils étaient posés sur des G.M.C.
Notre « Aéronavale » leur faisait la haie.
Mais seul, oui, tout seul, il les suivait en boitant,
Ce rescapé valide, qui, lui, revenait du néant.
Son pullover blanc dépassait du battle-dress,
Douloureux souvenir de notre jeunesse.
Francis RAOUT
Dans la nuit du 4 au 5 Janvier 1945, 217 bombardiers « Lancaster » de la R.A.F. lancèrent, à 03 h 51, un tapis de bombes (dont les premières bombes à napalm utilisées en Europe) sur Royan, en Charente Maritime, où les troupes allemandes s’étaient retranchées.
Une autre vague de 124 appareils largua à 05 h 28. Bilan très maigre pour les défenses allemandes (35 à 47 victimes) mais très lourd pour la ville détruite à 85 %. (336 à 440 tués - 100 à 150 disparus). 7 appareils furent touchés dont 2 se télescopèrent en essayant d’atterrir sur la base de Cognac (qui était libérée et occupée par l’Aéronavale française qui intervenait quotidiennement sur Royan.)
Nous avons
fait partie des veilleurs funèbres et je n’ai jamais su retirer de ma mémoire cette vision de celui qui, pour nous était alors le seul rescapé de cette catastrophe. (il y aurait eu d’autres
blessés). Cet aviateur, en pantalon, battle-dress et bottes de vol, tête nue, suivait le convoi de véhicules militaires derrière le dernier camion (camions militaires découverts, de couleur bleu foncé aviation, ridelles en
bois). Dépassant lar gement de son blouson un pullover blanc lui venait à mi cuisses. L'aéronavale française basée à Cognac entourait
les camions. Il menait le deuil de ses camarades et il pleurait. Le reste du cortège était derrière lui à quelques mètres.
(Voir : Bombardement de Royan dans Google)
Clichés que mon ami Pierre Roche, comme moi témoin de ce jour là, vient de me faire
parvenir.
Chapelle ardente en l'Egise Saint Léger à Cognac
Convoi funèbre, le dernier camion