Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

En pensant à Sébastien Leroy er Aurélien Guillarmo d'Hazebrouck qui ont connu leur "baptème du feu" cette semaine

BAPTEME DU FEU.

 

 Jeannot a passé l’âge d’être « Cadet »

Maintenant, il peut décaler, c’est sûr.

Déjà trois nids de guêpes en fin d’été,

Deux accidents routiers avec blessures,

Dont un départ avec la « désincar »

Jeannot est prêt pour son premier « flambard »

A la télé, hier soir, la «Tour infernale »

Premier sommeil peuplé de grands exploits,

Réveil brutal causé par « Bip signal »

 Gros feu de ferme au lieu dit « La Longue Croix »

 

Allez hop ! Pantalon sur pyjama !

Pas le temps d’enfiler les chaussettes !

Et puis cette « mob » qui tourne au minima, 

Je vais louper la deuxième « charrette » !

« Vas- y, Jeannot ! Vite ! Saute dans le fourgon !

« Prends tes bottes ! Tu t’habilleras en marche ! »

Pas facile dans le ventre d’un dragon,

Son « deux tons » hurle et ses chevaux crachent.

 

Comme elle grandit, la lueur dans la nuit,

On la regarde autant qu’on la défie,

Il est là, devant nous, le grand rouge,

On voit le pignon qui, déjà, bouge,

Le grand bâtiment qui meurt en hurlant,

L’agonie des bois qui craquent en brûlant,

Jets d’étoiles qui fusent en s’envolant,

Enfer fou de flammes qui se tordent,

Symphonie dantesque qui déborde,

Dans cette balade d’hommes rapetissés.

Danse du feu sur jeux d’eau convulsés.

 

« Restez dans le fourgon !

« Vous allez vous brancher sur mare !

« Cet homme va vous guider, faites lui une place !

« Il y aura une route à traverser avec les tuyaux !

« Il faudra y laisser quelqu’un !

(Au feu les ordres ne se donnent pas en vers, surement par manque de temps)

 

Le fourgon tourne le dos au spectacle

En partant à la conquête de l’eau,

De cette eau qui doit faire des miracles,

Epouse du feu, maîtresse d’un fléau,

Noces contre nature, hymen du néant,

Combat singulier, lutte de géants

 N’engendrant que viles décombres sales,

Entre noirs ruisselets qui dévalent.

 

Travaux d’Hercule dans glaise des Flandres ;

" Tire ! Saque ! Ne cherche pas à comprendre

 Pourquoi des roues ganguées ça colle au sol

 Pousse et relève toi si tu dégringoles"

 

" Reste là, Jeannot ! Prends une torche !

Nous, nous établissons vers le porche.

Veille aux tuyaux traversant le chemin,

On se reverra au petit matin"

 

Les ombres et les jurons s’estompent.

Seul, Jeannot, sous le silence qui tombe,

Reste là, inactif, comme pétrifié,

Sans ses chaussettes, avec ses pieds mouillés.

Un casque, c’est un pauvre parapluie,

Ainsi donc, ils n’ont pas voulu de lui !

Rien à faire, pas même s’asseoir, c’est long,

Et cette pluie qui redouble, ça c’est con !

 

Enfin, grand brouillard de feu vaincu,

Paille mouillée, chauffée, odeur qui pue,

Silence nocturne d’un combat terminé.

Soudain, premier signe d’une vie qui renaît,

C’est le bruit espéré des copains,

C’est le bruit d’hommes forts mais harassés,

C’est le bruit des vainqueurs de Vulcain,

C’est le bruit d’un retour annoncé.

 

Assis sur les tuyaux tout souillés,

Jeannot a froid, il est trop mouillé

. Le " V.T.U. " roule vers une clarté,

Un jour nouveau va bientôt éclater.

 

La chaleur du Foyer des Pompiers,

On tire ses bottes, on chauffe ses pieds.

« Un p’tit jus, les p’tits gars ?

Un p’tit pain, un p’tit coup ?

 C’était pas du nougat,

 Mais ça valait l’coup ! »

Assis au chaud, crevant d’fatigue,

On parle, on est bien, on s’attarde.

De revoir sa nuit, on est prodigue,

On prononce même une phrase vantarde.

 

De ce départ qui l’a pris aux tripes,

Du casse croûte avec toute son équipe,

Jeannot se souviendra longtemps.

 Mais au fait ! Pourquoi diable ? Bon sang !

 Ces baptêmes se font ils donc la nuit ?

 Sans parrain, sans marraine, seule la pluie ?

 En eau baptismale, il a été servi,

Pour sûr, Jean le Baptiste l’a poursuivi

Pour lui donner une sacrée leçon

Qui a pour nom « Abnégation ».

 

           F. Raout     1991

Partager cet article

Repost 0