FAITS D'HIVER D'HERON
Le gel avait raidi l'étang nourricier,
A son bord, comme figé," stoïquait * " l'échassier.
Par télépathie, nous entrâmes en contact,
A mes questions, il répondit du tac au tac.
"Dis moi, grand héron, tu n'as pas l'air joyeux,
"Ton plumage cendré n'est plus aussi soyeux,
"Si, bas est ton moral, confies toi à un ami,
"J'essaierai de te consoler, ça, c'est promis."
"Nous, les hérons, sommes des migrateurs partiels,
"Je vieillis et ne peux plus sillonner le ciel
"J'ai donc passé l'hiver avec vous les humains,
"Espérant que chaque jour aurait un lendemain,
"Sais tu combien j'ai eu du mal à me nourrir?
"Souventes fois, le ventre creux, j'ai cru mourir
"Tous vos sales produits ont tué mes grenouilles.
"Combien de nuits ai je du dormir bredouille!
"Par contre, et je ne le crierai pas assez fort,
"Les petits oiseaux du ciel, c'est un réconfort,
"Ont, dans notre quartier, trouvé leur pitance,
"Grâce aux braves gens et à leur subsistance.
"Pour les chardonnerets, tu leur diras merci,
"Pour les verdiers, les mésanges et les pinsons aussi."
" Mais, grand héron, mes semblables aiment les oiseaux,
"Ils veulent faire renaître les belles mares à roseaux,
"Faire coasser les grenouilles, revoir des têtards,
"Faire tout revivre avant qu'il ne soit trop tard."
La haut, les nuages libéraient le soleil,
Dernier gel attaqué par nature qui s'éveille.
Comme ragaillardi le grand oiseau s'envole,
Le bec droit vers le soleil…. Tout un symbole!
Francis RAOUT Mars 2.006
*Stoïquer: verbe inventé par l'auteur