SURVOL
Le jour, doucement, passe le relais au soir,
Allons, jusqu'à l'étang, dire, au héron, "Bonsoir ".
Il est là, figé, passif et comme malheureux.
Une fois encore, le lac n'a pas l'air généreux.
Dis moi, grand héron cendré, à quoi penses tu ?
Tu as l’air bien triste, tu es tout abattu.
"J'ai, me dit-il, souvent survolé le quartier,
"J'ai pensé à vous tous, prisonniers du chantier.
"Mais des nouveaux tuyaux c'est bon pour l'écolo,
"Pour notre avenir, il faut protéger notre eau."
"Je ne citerai personne par principe,
"Mais j'ai plané au dessus d'un pauvre type
"Qui, nettoyant tous ses pinceaux à l'essence,
"Balançait à l'égout toute cette pestilence."
"Par contre, permettez moi de féliciter
"Les gens de "La Carpe", oui, ceux du Comité.
"Avec leur tondeuse, il font souvent "joujou",
" Grâce à eux, mon étang devient un vrai bijou.
" Mon merveilleux domaine est propre et j'y suis bien,
"Et c'est pour cela que, tous les ans, j'y reviens."
" Pourtant, il me faut, quand même, leur conseiller,
" D'avec leur tronçonneuses, pas trop bousiller
"Les grands saules de haute futaie, mes perchoirs,
"Et, de mes amis les étourneaux, les dortoirs.
"Les beaux peupliers devenant gigantesques,
"Les étêter sera tâche titanesque,
"Mais un coup de vent les rendrait dangereux,
"Et puis, en planant moins haut, je verrai bien mieux".
La nuit se forme et le grand héron s'endort,
" La parole est d'argent et le silence est d'or"
Peut être qu'un jour, sa grande philosophie
Réinvestira ma tête et mon cœur aussi?
Francis RAOUT Juin 2005
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